Comment les réseaux sociaux parviennent à nous faire accepter que le périmètre de notre vie privée n’est plus celui qu’on voudrait


Difficile d'avoir une vie privée sur Facebook

Malgré leur volonté de maîtrise et de confidentialité, les utilisateurs de Facebook partagent de plus en plus d’informations personnelles sur leur profil.

Réseaux sociaux et vie privée : deux notions antagonistes comme le pense Forbes ? Une nouvelle étude du Journal of Privacy and Confidentiality explique pour la première fois la relation (fluctuante) entre les réseaux sociaux et les notions de vie privée et d’ouverture.

Cette analyse a étudié un panel de  5 076 utilisateurs Facebook afin de déterminer l’évolution de leur comportement vis à vis de la notion de vie privée entre 2005 (la préhistoire des réseaux sociaux) et 2011.

Leur analyse met en avant trois tendances : l’étude de la base de données montre que les utilisateurs ont eu – dans un premier temps – un intérêt  (et un souci) grandissant à protéger leur vie privée- en diminuant petit à petit le nombre d’informations personnelles partagées avec des inconnus sur les réseaux sociaux.

Cependant, dans un deuxième temps, les dernières modifications apportées par Facebook ont entraîné un arrêt, voire une inversion, de cette tendance. Troisièmement, le nombre et le champ d’informations que les utilisateurs révèlent à leurs amis Facebook a augmenté. Ce qui signifie que les utilisateurs de réseaux sociaux partagent plus d’informations avec les « silent listeners », que sont Facebook, des applications tierces et (indirectement) les annonceurs.

Comme le précise Viuz, un site d’actualité spécialisé sur le marketing numérique, les informations les moins partagées par les utilisateurs sont les « informations de contact » (téléphone, adresse) : elles représentent les informations considérées comme les plus sensibles. Les informations « personnelles » (date et ville de naissance, lycée fréquenté), à la base les plus partagées, connaissent une chute importante jusqu’en 2009. C’est à cette date que les informations « d’intérêts » (groupes, films favoris) explosent. Ce n’est pas forcément dû à un changement de comportement des utilisateurs : Facebook se sert en fait des « likes » et d’algorithmes pour remplir automatiquement la rubrique « intérêt » de ses utilisateurs. Tout ça pour vendre ces informations à des annonceurs, pour beaucoup beaucoup d’argent : PC Pro annonce que Facebook a gagné 4,27 milliards d’euros en 2012. De plus, les applications tierces ont désormais accès à vos données personnelles en échange de l’utilisation du service…

Comme l’expliquait Le Figaro déjà en 2011, Facebook garde « sur ses serveurs, pour un temps limité ou indéfiniment, tous les faits et gestes de ses utilisateurs : statuts, commentaires, pokes, « j’aime », messages privés, messages instantanés, demandes d’amis (acceptées et refusées), invitations (acceptées et refusées), jours, heures et lieux de connexion, photos (ajoutées par soi-même ou par les autres), liens postés etc. En gros, malgré leur volonté et leur méfiance, les utilisateurs partagent de plus en plus d’informations sur leur vie privée. Des informations conservées par Facebook à des fins commerciales.

Pour approfondir le sujet, Atlantico a interviewé Jacques Henno, conférencier, spécialiste des nouvelles technologies et auteur du livre Silicon Valley / Prédateurs Vallée ? Comment Apple, Facebook, Google et les autres s’emparent de nos données, éditions Télémaque, 2012.

Atlantico : D’après une récente étude du magazine Forbes, les réseaux sociaux et la vie privée sont deux notions antagonistes. Qu’en pensez-vous ?

Jacques Henno : Ce qui est antagoniste, c’est la notion de vie privée et de site Internet gratuit. En effet, ces sites pour être gratuits doivent forcément vivre de quelque chose et ils vivent donc de la publicité. Pour arriver à vendre des produits, ils ont besoin de connaître un maximum d’informations. Cela passe notamment par nos centres d’intérêt. Dans le cas de Facebook et des réseaux sociaux, c’est encore plus poussé. En effet, les régies publicitaires peuvent savoir nos lieux et dates de naissance, qui nous aimons et ce que nous avons en commun avec eux. Ils regardent tout ce que nous publions sur Facebook et nous classent dans certaines catégories publicitaires. Ce qu’il faut pourtant savoir c’est que n’importe quel utilisateur peut demander à Facebook de savoir dans quelle catégorie il est classé.

Se dirige-t-on vers un monde où l’on a de moins en moins de contrôle sur nos données personnelles ?

Ma théorie est la suivante : à côté de nous se créent, dans les méandres de l’Internet, nos doubles numériques. Ceux-ci sont alimentés par l’ensemble des traces que nous laissons via nos recherches Google, les informations que nous laissons sur nos smartphones etc. Les nouveaux modèles économiques passent par les téléphones portables. C’est d’ailleurs pour cela que la guerre est si importante entre Android et IOS. Il y a une très forte bataille pour la publicité géolocalisée. Les portables sont nos plus grands ennemis dans ce domaine. Prenons un exemple : un soir vous cherchez un restaurant non loin de là où vous vous trouvez. Vous réservez. Le lendemain, en fonction de là où vous êtes, vous allez recevoir des offres ciblées de propositions de restaurants identiques de celui où vous vous êtes rendus la veille. Via votre smartphone, les régies publicitaires peuvent désormais savoir à quelle heure vous vous levez, à quel moment vous déjeunez, où vous vous déplacez… Tout cela sans même vous en rendre compte.

Que faut-il faire pour préserver au maximum nos informations personnelles ?

Il est impossible de préserver nos données personnelles. Quand Facebook fait croire qu’il est possible de régler quelques paramètres, il cible en fait encore plus ses utilisateurs. A partir du moment où on agit sur Facebook, on laisse une trace dans la régie publicitaire. Même en ne partageant l’information qu’à un nombre restreint de personne (par exemple un échange de photo avec un seul ami) Facebook stocke. Plus on nous donne des possibilités de restrictions, plus Facebook cible qui nous sommes. On ne peut pas contrôler. C’est pourquoi il faut éduquer dès le plus jeune âge. Il faut former les enfants à mieux se servir des smartphones et des réseaux sociaux dès le collège.

http://www.atlantico.fr/decryptage/comment-reseaux-sociaux-parviennent-faire-accepter-que-perimetre-notre-vie-privee-est-plus-celui-qu-on-voudrait-jacques-henno-684002.html?google_editors_picks=true

 

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